Coexistence entre maïs OGM et conventionnel : un arrêté ministériel en projet
Alors que la suspension de la culture du maïs MON 810 en France devrait être prochainement levée (par manque d’éléments scientifiques suffisants dans le dossier français soumis à l’UE), le Ministère de l’Agriculture projette de fixer un arrêté concernant la présence en champ des deux types de maïs. D’après les éléments reçus par l’AFP, cette distance minimale devrait être fixée à 50 mètres.
La question des distances minimales entre deux parcelles de maïs conventionnel et OGM reste un des points les plus sensibles du débat actuel autour des cultures génétiquement modifiés. Le dernier épisode en date de ce débat concerne le projet d’arrêté ministériel, proposant de doubler la distance minimale entre parcelles de maïs conventionnelles et OGM. Cette décision est tout à fait recevable au vu de la littérature scientifique [1]. Cependant, un tel arrêté ne satisfait pas certains mouvements écologistes ou de consommateurs. Pire encore, cette décision semble avoir été prise en absence d’une concertation de tous les acteurs, ce qui ne peut qu’attiser un débat déjà trop houleux.
Le point central de ces décisions concerne la présence fortuite d’OGM dans les cultures conventionnelles. La législation en vigueur exige une présence inférieure à 0.9 %. Au-delà, l’étiquetage devient obligatoire. Ce seuil est cependant difficilement acceptable pour les acteurs de la filière « agriculture biologique », qui préconisent l’adoption du seuil limite de détection (de 0.01 à 0.1 %) afin de se plier au cahier des charges de la filière. Le dilemne semble même insolvable dans certains cas : pour l’Inra, une gestion concertée et en intelligence des parcelles conjointes permettrait déjà de garantir un seuil inférieur à la norme, mais l’institut reconnaît également que la coexistence de parcelles "Bio" et OGM est techniquement impossible [2]
La difficulté actuelle autour de la coexistence ne semble donc plus reposer, en vérité, sur des arguments scientifiques [3] mais plutôt autour de considérations politiques et idéologiques [4] s’affrontant pour le choix d’un modèle agricole de demain.
[1] Weber et al. (2006). Coexistence Between GM and Non-GM Maize Crops – Tested in 2004 at the Field Scale Level (Erprobungsanbau 2004). Journal of Agronomy and Crop Science, 193(2), Pages 79 - 92
[2] Résultats du programme Sigmea sur la coexistence des cultures OGM et conventionnelles. En ligne
[3] Le bilan environnemental, sanitaire et agronomique du maïs Bt étant globalement positif, le lecteur qui souhaiterait consulter une littérature détaillée et de qualité à ce sujet pourra se référer aux archives en ligne de LettreInfoPGM.
[4] Devos et al. (2008). Coexistence of genetically modified (GM) and non-GM crops in the European Union. A review. Agron. Sustain. Dev. DOI : 10.1051/agro:2008051