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La Lune aurait-elle encore une activité géologique ?

Publié le mardi 21 novembre 2006.  partager

D’après les roches ramenées par les missions lunaires, notre satellite naturel était le siège d’une activité volcanique intense il y a trois à quatre milliards d’années. La comparaison des cratères actuels avec les modèles de dégradation ont permis d’établir que cette activité volcanique s’est prolongée, dans une moindre mesure, jusqu’à il y a environ un milliard d’années. Mais les scientifiques pensaient la compagne de la Terre complètement éteinte aujourd’hui, grosse sphère rocheuse dont la surface ne changerait plus qu’au rythme des météorites grêlant sa surface inerte.

Selon une équipe des Sciences Géologiques de l’Université de Brown, Rhode Island (USA), ce ne serait peut-être pas le cas. En observant une structure appelée Ina, située sur la Lune dans le Lac du Bonheur (Lacus Felicitatus), ils ont relevé trois faits majeurs qui étayent selon eux l’hypothèse d’une activité géologique beaucoup plus récente au sein de notre satellite. Premièrement, l’Ina a la forme d’un D dont les rebords sont très nettement dessinés. Bien sûr, il n’y a pas d’atmosphère ni d’eau liquide à couler sur la Lune, donc pas d’érosion ; mais le bombardement incessant de petits météorites et petits débris spatiaux provoque les mêmes effets, quoi qu’à plus long terme. Une structure telle que l’Ina ne pourrait donc pas exister plus de cinquante millions d’années à la surface de la Lune, selon les chercheurs. Or, en comparant l’état de détérioration d’autres formations rocheuses dont l’âge est connu, ils ont estimé l’âge de l’Ina à environ deux millions d’années.

Deuxième point venant corroborer leur hypothèse : le nombre anormalement faible de cratères à l’intérieur de l’Ina. La Lune étant constamment bombardée, la répartition des cratères est à peu près homogène sur toute sa surface. Or, dans la surface délimitée par l’Ina, la densité de cratères est à peu près identique à celle du South Ray Crater, zone aplanie par une grosse météorite. L’analyse des roches récoltées dans ce cratère a permis depuis longtemps d’estimer son âge à environ deux millions d’années. Si l’Ina présente une densité de cratères similaire, alors il est fort probable qu’il date de la même époque.

Enfin, les chercheurs ont procédé à des analyses spectrales des radiations émises par l’Ina et par des cratères que l’on sait récents. En effet, la surface de la Lune se recouvre peu à peu de poussières, et puisqu’il n’y a pas de vent pour les balayer, ces poussières atténuent l’intensité de la lumière émise par la surface sous-jacente. L’intensité lumineuse d’une zone peut donc être mise en relation avec son âge. Lorsqu’une météorite vient s’écraser sur la Lune, elle déblaye ces poussières dans son souffle, rendant les alentours de nouveau plus lumineux. Les scientifiques ont observé que l’Ina présentait une brillance comparable à ces cratères récents, preuve que la poussière n’a pas pu se déposer sur la structure.

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Lacus Felicitatus, un des sites contenant des indications d’une activité géologique de la Lune.
Image en fausses couleurs de la luminosité émise par le sol lunaire : en rouge les zones plus sombres parce que recouvertes de poussières, en bleu les roches nues, plus brillantes. A gauche, l’impact laissé par une petite météorite a dissipé les poussières, rendant la zone plus brillante. A droite, la structure dénommée Ina a clairement été exposée récemment ; et sa forme de D écarte la possibilité d’un impact, laissant place à l’hypothèse de l’échappement de gaz dûs à une activité interne de la Lune. Crédits : NASA.

La forme de l’Ina ne laisse pas présager une coulée magmatique, mais évoque plutôt un souffle violent, provoqué par l’échappement de gaz à haute pression. Cette hypothèse est particulièrement séduisante car l’Ina est située à l’intersection de deux vallées, comme c’est le cas de beaucoup de sites géologiquement actifs sur Terre.

L’Ina ne serait pas seul dans son cas ; d’autres lieux supposés similaires ont été repérés sur l’astre de la nuit. Les chercheurs espèrent maintenant valider leur théorie en déterminant la nature chimique de ces gaz : eau ? dioxyde de carbone ? soufre ? Il va falloir attendre l’observation d’un de ces échappements "en direct", chose qui s’annonce particulièrement difficile, ces événements ayant une durée de l’ordre de trente minutes. Plusieurs astronomes amateurs avaient signalé la vision de "flash" lors de leurs observations de la Lune, mais aucune suite n’a jamais été donnée. Aujourd’hui, les chercheurs comptent sur cette communauté active pour former un réseau d’alerte, qui leur permettra de pointer un télescope dans la bonne direction pour observer le phénomène à temps.

Brève proposée par P. HIREL

Références :
(1) "Lunar activity from recent gas release", Peter H. Schultz, Matthew I. Staid, Carlé M. Pieters, Nature 444, pp.184-186 (9 November 2006) [ En ligne ]
(2) L’article sur le site de l’Université de Brown, Providence, Rhode Island (USA) [ En ligne ]
(3) L’article sur le site de la NASA [ En ligne ]


 

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