La Côte de Granite Rose présente de nombreux attraits pour l’ornithologie. Cette zone, s’étendant de Lannion à Louannec (Côtes d’Armor, 22), comprend de divers sites d’intérêt, comme la réserve des 7 Îles, les bois de Lann Ar Warren, l’Ile Grande et les archipels alentours, le Grand Site Naturel de Ploumanac’h ou encore le Lenn de Perros Guirec. La diversité des milieux (côtiers, landes, prairies, bois et zones humides) garantit une avifaune diverse et variée tout le long de l’année.
Depuis le mois de juillet 2004, de nombreuses observations de Pic cendré (Picus canus) ont été répertoriées sur la Côte de Granite Rose, et plus précisément sur un territoire englobant les communes de Perros Guirec, Pleumeur-Bodou et Trégastel. Ces données ont été collectées par des gardes du littoral (site de Ploumanac’h) ou proviennent de mes observations personnelles. Dans cette article, je vous propose de revenir sur la description de l’espèce, avant d’aborder la chronologie de ces observations, jusqu’à mars 2006.

Pic cendré mâle
Description de l’espèce
Le Pic cendré peut être confondu avec le Pic vert (Picus viridis), sauf si un examen attentif du plumage ou l’entente de son cri permet de lever tout doute d’identification.
De taille plus modeste (27 à 32 cm de long contre 30 à 36 cm pour le Pic vert), son aspect plus trapu lui donne une allure aérodynamique, lorsqu’en vol il rabat brutalement ses ailes contre son corps, semblant fendre l’air.
La tête du Pic cendré est nettement grise, de couleur cendre, par rapport aux nuances de blanc du Pic vert. Son bas-ventre ne présente pas de barres noires et blanches, et ses rectrices ne sont pas ponctuées de tâches blanches.
Les Pics cendrés présentent aussi un dimorphisme sexuel : les mâles possèdent une tâche frontale rouge, absente chez les femelles.
Les juvéniles, enfin, sont très semblables aux adultes, quoique légèrement plus ternes.
Quant à son cri, il évoque une sorte de « petit rire moqueur » : le Pic vert pousse une sorte de ricanement sonore, tendis que le Pic cendré lance un « kii ki khu khu khu khu » descendant graduellement.
Observations en 2004
Les premières données rapportées dans cet article concernent l’observation d’un couple de Pics cendrés en juillet 2004. D’abord signalés par Erwann du Conservatoire du Littoral, j’ai eu par la suite confirmation par l’observation directe du couple sur le site de Ploumanac’h. Les deux oiseaux volaient plein nord, se posant sur un chaos rocheux près du rocher du « lièvre », avant de s’envoler toujours vers le nord, basculant au-delà du chaos rocheux sur le rivage. L’observation aux jumelles ne fut pas délicate, étant situé à une vingtaine de mètres du couple. La détermination de visu ne posa aucune difficulté particulière, et fut re-vérifiée dans deux guides ornithologiques différents (PETERSON, 1997 et SVENSSON & coll., 1999).
Au cours du même été 2004, les Pics cendrés furent à nouveau signalés au niveau de la vallée des Traoüeros, au sud-ouest du site de Ploumanac’h (commune de Trégastel). Leur présence semble avoir été régulière, et rapportée durant tout le mois d’août 2004.
Observations en 2005
De nouvelles données furent recueillies par Nicole Bihan, du Conservatoire du Littoral, au niveau de la vallée des Traouëros. De plus, un site présumé de nidification a été identifié au niveau de l’embouchure de la vallée. Une confirmation sera nécessaire durant la période de nidification 2006.
Le 28 décembre 2005, au niveau du hameau de Crech Lagadurien (commune de Pleumeur-Bodou), un Pic cendré a été entendu. L’écoute le localisait vers le sud du hameau, en direction de la commune de Lannion. Le cri a été nettement entendu, et ne pouvait être confondu dans les conditions d’écoute.
Observations en 2006
Le 3 mars 2006, un autre Pic cendré a été entendu, toujours sur le hameau de Crech Lagadurien. Cette fois-ci, l’individu était au nord du hameau. Il a lancé son cri caractéristique a plusieurs reprises, évoluant en direction nord-nord-ouest.
Répartition et statuts
Le Pic cendré est classé dans la catégorie des espèces à surveiller dont la Conservation Mérite une Attention Particulière (CMAP 5).
Ses effectifs en France sont évalués à moins de 10.000 couples maximum (fourchette allant de 1.000 à 10.000 couples). La tendance est mal connue depuis les années 1970, probablement stable sur le plan national (CUISIN, 1999), mais hélas en forte régression dans les régions du centre et de l’est, comme en Auvergne ou encore dans le Limousin. En déclin en Europe.
Le Pic cendré est protégé par l’annexe I de la Directive Oiseaux et l’annexe II de la Convention de Berne.
Encadré : le classement CMAP
Ce classement de l’avifaune française, élaboré par la Société d’Etude Ornithologique de France et la Ligue pour la Protection des Oiseaux, comporte six catégories.
Les catégories 1 à 5 classent l’ensemble des espèces dont la conservation mérite une attention particulière (CMAP), la sixième catégorie regroupant les espèces dont le statut n’a pas été jugé défavorable ou à surveiller en France ou en Europe (non-CMAP).
La catégorie CMAP 1 regroupe toutes les espèces menacées à l’échelon mondial. La CMAP 2 se limite aux espèces menacées sur le plan Européen uniquement, la CMAP 3 regroupe des espèces dont la vulnérabilité est moyenne ou variable en Europe ou en France, la CMAP 4 contient des espèces encore abondantes mais en déclin sensible, et enfin la CMAP 5 les espèces dont le statut, ni défavorable ni fragile, nécessite tout de même une surveillance.
Menaces
Comme hélas très souvent, les activités humaines sont une des causes du déclin de cette espèce (CUISIN, 1999). La destruction du bocage et des vieux arbres vermoulus nuisent à cette espèce. Autre menace : l’ouverture des forêts par les routes forestières ont permis l’intrusion du Pic vert dans des zones jusqu’alors couvertes, créant une concurrence défavorable au Pic cendré...
Le rajeunissement des forêts par abattage des vieux arbres pose un problème de gestion néfaste à sa conservation. De plus, les peuplement monospécifiques en sylviculture ne créent pas pour autant de nouveaux espaces accueillants pour les Pics cendrés...
Enfin, l’emploi de fertilisants et produits insecticides a entraîné dans certaines localités une régression des fourmis, dont les Pics cendrés sont friands...
Bibliographie
CALU G. (2005), Inventaire Ornithologique du Grand Site Naturel de Ploumanac’h. Document interne Maison du Littoral de Ploumanac’h.
CUISIN M. (1999), Pic cendré Picus canus. - in : ROCAMORA G. & YEATMAN-BERTHELOT D. (1999) - Oiseaux menaces et à surveiller en France Listes rouges et recherché de priorités. Populations. Tendances. Menaces. Conservation. Société d’Etudes Ornithologiques de France / Ligue pour la Protection des Oiseaux. Paris. 560 p. ISBN : 2-9506548-7-8
SVENSSON L., MULLARNEY K., ZETTERSTRÖM D., GRANT P. J., Le Guide Ornitho. Paris : Delachaux et Niestlé, 1999, p. 224-225. ISBN : 2-603-01142-1