Alerte aux souches bactériennes pathogènes multirésistantes ! Dans un article publié en ligne par la revue PloS ONE, des chercheurs américains et de l’Institut Pasteur (Paris – France et Antananarivo – Madagascar) mettent en garde la communauté scientifique contre l’apparition d’entérobactéries pathogènes multirésistantes aux antibiotiques. A l’origine de ces mutations, un plasmide, variant suivant les isolats bactériens, mais à chaque fois détecté chez des souches résistantes. Un véritable problème de santé publique mondiale, qui laisse craindre la résurgence de terribles maladies comme la peste …
Yersinia pestis est une gamma-protéobactérie responsable de la peste. Au cours de notre histoire, cette entérobactérie a provoqué d’effroyables épidémies, entraînant la mort de plus de 200 millions de personnes. En 1995, l’apparition d’une souche multirésistante aux antibiotiques sur l’île de Madagascar ressuscite les craintes d’une résurgence de la peste. La souche IP275, alors isolée chez un patient atteint de la peste bubonique, présente pas moins de 9 résistances aux antibiotiques, incluant la streptomycine, la tétracycline, le chloramphénicol et les sulfonamides, tous prescrits comme traitement médical contre la bactérie. A l’origine de ces résistances multiples, un plasmide, pIP1202. Cette séquence cyclique d’ADN porte plusieurs gènes de résistance, et est transmissible entre bactéries. De plus, des analyses comparatives du plasmide pIP1202 chez Y. pestis ont permi de décrire une base commune, ou plasmide « squelette » IncA/C. Cette même base a été confirmée lors de l’analyse de plasmides de Salmonella enterica sérotype Newport SL254 ou encore chez le pathogène du poisson Y. ruckeri souche YR71.

L’apparition de souches multirésistantes dans les aliments pose de sérieux problèmes de contamination de la chaîne alimentaire. Bon nombre des souches résistantes ainsi isolées dans les aliments possèdent également un plasmide de résistance. Face à ce constat, les auteurs de cet article se sont attelés à la recherche de plasmides proches du pIP1202 parmi différentes entérobactéries isolées dans des viandes de porc, de poulet, de dinde et de bœuf commercialisées aux Etats-Unis. Leurs résultats sont inquiétants : différents plasmides de résistance de type IncA/C ont pu être isolés chez des souches d’Escherichia coli, Klebsiella sp. et chez différents sérotypes de Salmonella. Les échantillons de viande provenant de différents états, la détection de souches positives pour ces plasmides vient souligner de manière inquiétante l’état de la dissémination de ces formes de résistance par le biais de l’agriculture.
Les auteurs se montrent particulièrement inquiets face à l’évolution et la propagation rapide de ces vecteurs plasmidiques de résistance. Cependant, leurs travaux permettront à l’avenir de mieux surveiller la propagation de ce plasmide, et de prévenir une éventuelle résurgence de ces fléaux bactériens.
Sources :
Welch TJ, Fricke WF, McDermott PF, White DG, Rosso M, et al. (2007) Multiple Antimicrobial Resistance in Plague : An Emerging Public Health Risk. PLoS ONE 2(3) : e309. doi:10.1371/journal.pone.0000309
Brève proposée par G. Calu