L’Ibis sacré (Threskiornis aethiopicus) menace l’avifaune française

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Publié le jeudi 30 juin 2005 par Guillaume Calu .

L’Ibis sacré (Threskiornis aethiopicus) fut introduit dans les années 1970 et 1980 en France. Ses populations issues d’individus relâchés n’ont de cesse d’augmenter. Depuis quelques années, son comportement kleptoparasite sur les Ardéidés et les Sterninés menace de nombreuses colonies, posant des questions quant aux actions de protection à mener. Dans cet article, nous vous proposons une synthèse des données exposées dans la revue ornithologique Ornithos.


Ibis sacré adulte. Photo : Alain Fossé

L’Ibis sacré (Threskiornis aethiopicus) est un grand échassier de la famille des Threskiornithidés. Il fut introduit par deux reprises en France : dans le Morbihan dans les années 1970 au parc zoologique de Branféré et dans l’Aude en mars 1982 au parc zoologique de Sigean. Dans cette revue de presse, je détaillerai l’état des colonies du grand Ouest et de la Méditerrannée, avant de m’intéresser aux dégâts causés chez les autres espèces nicheuses qu’il côtoie.

Les populations d’Ibis sacré en France

Les individus du parc zoologique de Branféré sont très vite laissés en semi-liberté, ne tardant pas à s’y reproduire et à visiter les zones humides des alentours. En 1991, une tentative de colonisation est signalée au lac de Grand Lieu (Loire Atlantique). En 1994, l’Ibis sacré se reproduit sur une île du golfe de Morbihan. Suite aux demandes de l’Administration de faire cesser ce lâcher d’oiseaux captifs, la nidification cesse en 1997 au parc de Branféré. Mais l’espèce est déjà bien présente dans l’Ouest de la France, et sa population ne cesse d’augmenter. En 2002-2003, une colonie s’implante en rivière de Pénerf (sud du Golfe de Morbihan). En 2004, l’estuaire de la Loire est fréquenté par des individus nicheurs (banc de Bilho). Des Ibis sont signalés dès cette époque à Noirmoutier, en Vendée. Une petite colonie s’implante enfin en Charente-Maritime, dans les marais de Bronage dès 1998. Elle progressera au fil du temps, avant d’être complété par d’autres sites de nidification charentais. Les effectifs d’Ibis sacré comptaient en 2001 près de 450 couples. Les recensements de 2004 donnent 300 couples en Loire Atlantique, 49 oiseaux en Charente-Maritime et un effectif nicheur Morbihannais estimé à 100-150 couples. La population totale dans l’Ouest de la France serait de 3000 à 5000 oiseaux (résultats de l’enquête de l’hiver 2003-2004).

En Méditerranée, les Ibis originaires du parc zoologique de Sigean, dans l’Aude, furent introduits dans des buts d’acclimatation de l’espèce. En 1992, le parc comptait 77 individus, dont certains provenaient de lâchers de 1989, et nichaient sur le toit de la volière du parc ! En 1995, des individus sont signalés dans les alentours et à l’étang de Barges, où l’espèce se reproduit désormais depuis 2000. En 2004, la colonie comptait 75 nids. Des déplacements ont été aussi signalés dans l’Hérault, mais aussi en Camargue, où la première tentative de nidification fut signalée en 2001. Malgré son échec, il n’est pas impossible que l’espèce niche au sein des héronnières.

Impact des Ibis sur l’avifaune

L’Ibis sacré est un oiseau d’Afrique sub-tropicale, connu pour son comportement kleptoparasite vis-à-vis des autres espèces nicheuses. Il pille sans vergogne les colonies de Cormorans du Cap (Phalacrocorax capensis) en Afrique du Sud ou encore les nids d’Ardéidés. Son comportement alimentaire semble, au vu de l’analyse des contenus stomacaux de 12 Ibis sacrés de Noirmoutier, assez écléctique : Crustacés, Micromammifères, Poissons, Amphibiens...

Tout laissait présager que l’ibis reproduise le même comportement en France sur notre avifaune. Dans l’Ouest, ce sont les Sternes et les Guifettes qui écopent de sa voracité. Le 7 mai 2000, à l’Aluais - La Palée, en Brière, les premières pontes de 20 couples de Guifettes noires (Chlidonias niger) sont anéanties par 60-70 Ibis sacrés. Le 9 juillet 2004, des Ibis sont surpris en plein pillage de colonies de Sternes caugeck (Sterna sandvicensis) et pierregarin (S. hirundo) à Müllembourg (Noirmoutier). Aux printemps 2003 et 2004, trois cas de prédation sont observés sur des poussins de Guifettes noire et sur un poussin de Vanneau huppé (Vanellus vanellus). En Méditerranée, des cas de prédation sont signalés dans les héronnières : au menu, œufs et poussins de Hérons garde-bœufs (Bubulcus ibis), de Bihoreaux gris (Nycticorax nycticorax), de Crabiers chevelus (Ardeola ralloides) et d’Aigrettes garzettes (Egretta garzetta). (données obtenues en 2003 en Camargue, près d’Aigues-Mortes, Gard). Les populations d’Ardéidés s’en retrouvent fragilisées : sur l’étang de Barges, les effectifs d’Hérons garde-bœufs ont diminué de 75 couples en 1998 à 34 couples en 2004, tendis que les effectifs d’Aigrettes garzettes diminuaient de 606 couples à 205 couples. Il semble donc y avoir une relation directe entre l’augmentation du nombre de nicheurs d’Ibis et la diminution du nombre d’Ardéidés fréquentant le site.

Conclusion

L’Ibis sacré se reproduit en France au sein de populations férales depuis 1991. Son impact négatif sur les autres espèces nicheuses apparaît de plus en plus clairement : dans le grand Ouest, les colonies de Sternes et de Guifettes sont menacées, tendis qu’en Méditerranée, ce sont les colonies d’Ardéidés qui sont pillées. L’Ibis a un caractère alimentaire opportuniste, et les actes de pillage restent pour le moment l’œuvre de quelques individus. Mais la tendance risque de se généraliser. Il fait donc peser une menace sur de nombreuses espèces protégées en France et pose des problèmes de conservation du patrimoine naturel. L’Ibis est inscrit en catégorie C par la Commission de l’Avifaune Française (oiseaux introduits). N’ayant aucun statut en droit français, il est urgent d’améliorer les connaissances sur sa population (effectifs, fonctionnement, occupation de l’espace, comportements alimentaires...) avant de statuer sur toute mesure de limitation ou d’éradication de l’espèce.

Une fois de plus, il est regrettable qu’un oiseau exotique, par la faute de responsables de parcs zoologiques, soit au centre d’une polémique environnementale. Il serait bien plus sage de songer avant toute introduction d’espèce nouvelle dans un écosystème aux conséquences de tels actes, jugés par la communauté scientifique comme la deuxième cause majeure de l’affaiblissement de la Biodiversité mondiale...

Bibliographie

KAYSER Y., CLEMENT D., GAUTHIER-CLERC M. (2005) L’Ibis sacré Threskiornis aethiopicus sur le littoral méditerranéen français : impact sur l’avifaune. Ornithos, vol. 12-2, p. 84-86.

VASLIN M. (2005) Prédation de l’Ibis sacré Threskiornis aethiopicus sur des colonies de sternes et de guifettes. Ornithos, vol. 12-2, p. 106-109.

YESOU P. (2005) L’Ibis sacré Threskiornis aethiopicus dans l’ouest de la France : historique et statut actuel. Ornithos, vol. 12-2, p. 81-83.




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