La planète naine Eris disqualifie définitivement Pluton
Fin d’été 2006, un véritable séisme astronomique ébranlait la communauté astronomique : lors d’un meeting tenu le 24 Août dernier, l’Union Astronomique Internationale (UAI) déclassait Pluton de son rang de planète à part entière, pour la rétrograder au nouveau rang de « planète naine ». Seules huit lauréates peuvent désormais prétendre au titre de planètes à part entière dans notre système solaire.
Cette annonce ne manqua pas de provoquer la colère de la communauté astronomique américaine, privée de la seule planète identifiée par un de ses compatriotes, l’astronome Clyde Tombaugh en 1930. Une longue polémique s’en suivit, dans l’espoir de réhabiliter la planète gelée. Alan Stern, directeur du programme « New Horizons mission to Pluto » de la NASA, fut l’un de ses principaux défenseurs. Critiquant vivement la décision de l’UAI, il fit remarquer que selon les nouveaux critères retenus par l’Union Astronomique Internationale, seules 4 planètes du système solaire pourraient prétendre à ce titre, fustigeant ainsi la nouvelle classification astronomique.
Pour que Pluton puisse à nouveau prétendre à son titre de planète, encore faut-il qu’elle surpasse en taille ses rivales parmi les planètes naines. Sa principale adversaire reste Eris, une planète naine transitant parmi la Ceinture de Kuiper. Initialement observée en 2003 par le télescope Oschin du Mont Palomar, en Californie (alors répertoriée comme l’objet céleste 2003 UB313), cette planète fut officiellement découverte en 2005 par Michael Brown du Caltech (Institut californien de technologie). Eris, Déesse grecque de la discorde, n’a pas donné son nom sans raison à cette planète naine, puisque sa découverte a entraîné une large controverse autour la définition astronomique du terme « planète », aboutissant à la fameuse décision de l’UAI lors de sa 26ème assemblée générale, fin août 2006.

La planète naine Eris et sa lune Dysnomia observées par Hubble
Crédits : NASA / ESA / Caltech (2006)
Située au maximum à 97 UA du Soleil, la taille d’Eris a été estimée en 2006 suite aux observations du télescope spatial Hubble à 2400 ± 100 km [1]. Pluton ayant un diamètre de 2 306 ± 20 km [2], ces observations avaient permis de conclure qu’Eris était bien physiquement plus grande que Pluton. Le coup de grâce final devait cependant tomber en juin dernier, lorsque Hubble et celui du W.M. Keck Observatory (Hawaï, USA) parvinrent à estimer la masse d’Eris à 16,6.1021 kilogrammes [3]. Les résultats obtenus permirent de comparer les masses des deux planètes : Eris étant 1,27 fois plus massive que Pluton, il est désormais indéniable que la planète de la Discorde déclasse Pluton.
Tout espoir de réhabilitation de la planète de Tombaugh semble donc perdu. L’ UAI confirme la rétrogradation de Pluton lors de son dernier congrès. Les derniers partisans de Pluton voient donc leurs espoirs diminuer alors qu’Eris continue de diviser la communauté scientifique autour de la discorde des planètes naines.
Références :
[1] M. E. Brown, E.L. Schaller, H.G. Roe, D. L. Rabinowitz, C. A. Trujillo (2006). Direct measurement of the size of 2003 UB313 from the Hubble Space Telescope. Astronomical Journal 643 (2) : L61–L63. DOI:10.1086/504843.
[2] M. W. Buie, W. M. Grundy, E. F Young, L.A. Young ; S.A Stern (2006). Orbits and Photometry of Pluto’s Satellites : Charon, S/2005 P1, and S/2005 P2. Astronomical Journal 132 (1) : 290-298. DOI:10.1086/504422
[3] M. E. Brown and E. L. Schaller. (2007). The Mass of Dwarf Planet Eris. Science 316(5831):1585. DOI:10.1126/science.1139415