L’horizon s’assombrit-il pour le CNRS ?
Les dernières nouvelles du Centre National de la Recherche Scientifique ne sont guère réjouissantes, depuis que son administration a décidé de réduire le budget du département des sciences de la vie. Une nouvelle qui provoque l’indignation des biologistes du CNRS, et fait ressurgir le spectre du démantèlement de cette institution.
L’affaire éclate lorsque le 16 octobre dernier, la Présidente Catherine Bréchignac et son Directeur général Arnold Migus annoncent au Directeur du département des Sciences de la Vie et à son équipe que leur budget serait réduit de 5%. Une annonce qui abasourdit les chercheurs concernés (25% des effectifs de recherche du CNRS). Mais l’affaire s’envenime lorsque le 30 octobre, dans la revue Les Echos, Catherine Bréchignac déclare : « Si on continue à faire croître le budget des sciences de la vie, en 2025 tout le budget du CNRS ira à cette discipline. Et ce serait une grave erreur. D’ailleurs, avec tout l’argent que nous avons injecté dans les sciences de la vie, je trouve que le rapport qualité prix n’est pas terrible. »
Cette déclaration provoque l’indignation de Michel Van der Rest, Directeur du département des Sciences de la Vie, qui y voit « une volonté d’évincer les sciences de la vie du CNRS ». D’abord tenté de démissionner, Mr. Van der Rest a décidé de rester, afin de défendre de son mieux sa « communauté ».
Pour Mme Bréchignac, les choix sont avant tout stratégiques. Ses priorités abordent l’environnement et le développement durable, les mathématiques, les technologies de la communication, les matériaux et nanomatériaux, la physique théorique, la chimie verte et certaines branches des sciences humaines (Le Monde du 3 novembre). La biologie est donc désignée comme l’enfant pauvre de ce programme, à l’exception de la neurologie et de la biologie intégrative, qui échappent aux restrictions budgétaires. La Présidente du CNRS fait face aux baisses des finances que le gouvernement fait peser sur son institution. Certes, la Loi de finances fournira 2,308 milliards d’euros en 2007 contre 2,216 milliards en 2006. Mais ces chiffres ne mettent pas en avant l’augmentation des cotisations sociales (60 millions), et la hausse des salaires des fonctionnaires (17 millions), sans compter l’inflation des dépenses courantes. Au final, ces 92 millions d’euros supplémentaires ne suffisent pas. En conséquence, l’administration du CNRS est obligée de faire des choix, et de détrousser certains secteurs pour faire face à ce manque d’argent.
Un choix que regrettent les biologistes, mais qui provoque également leur indignation. La menace est sérieuse pour la recherche nationale en biologie, peinant de plus en plus à se maintenir au meilleur niveau international.
Pour l’association Sauvons la Recherche, cette situation annonce également le retour du spectre du démantèlement du CNRS, de plus en plus souhaité par certains politiciens. « Confrontée à l’impossibilité de conduire une politique scientifique dans l’ensemble des secteurs de la recherche en raison de l’étranglement budgétaire que connaît le CNRS, Catherine Bréchignac fait des choix qui pourraient hâter ce démantèlement, qu’elle le veuille ou non » s’inquiète le collectif dans les tribunes du Monde.fr. Au-delà de la défense des Sciences de la Vie, l’association Sauvons la Recherche demande aux candidats à la Présidentielle et aux Législatives de prendre dès maintenant des engagements clairs en faveur de la recherche scientifique.
Sources : Libération.fr et Le Monde.fr