Depuis que l’homme cultive la terre, la haie forge son paysage. Elle le découpe, le parcellise, mais aussi l’harmonise, et assure sa connectivité.
Les plus vieux témoignages d’édification de haies remontent à la civilisation celte. Son rôle, en premier lieu défensif, marque également une séparation nette entre les zones cultivées, de friche et sauvages. C’est le système infield-outfield, encore en usage dans certaines régions africaines.
Avec l’apparition de assolement triennal (entre le Ixème et Xième siècle) apparaît un nouveau type de bocage, dit en openfield communautaire : les parcelles, petites, entourent le village ou hameau, et sont divisées en trois grandes zones : deux de cultures tournantes et une de jachère.
Pour promouvoir le progrès agricole, les pays européens encouragent courant XVIIIème et XIXème siècle différentes politiques : en Angleterre et dans certaines régions françaises, les terrains en openfield sont remplacés par du bocage ; en Bretagne, le maillage de haies est favorisé par le partage des terrains agricoles lors d’héritages.
Le bocage, de part sa structure de haies interconnectées, présente de nombreux avantages :
Il crée une zone intermédiaire évoluant vers un stade forestier, accueillant de nombreuses espèces animales et végétales (service rendu à la Biodiversité).
Il permet de filtrer les eaux de ruissellement et de maintenir la terre en place (service rendu au sol et à la qualité de l’eau).
Il assure un effet brise-vent nettement sensible aux répercutions intéressantes en terme de production végétale et d’élevage (servie rendu à l’agriculteur).
Souvent malmené par des remembrements abusifs, il apparaît donc clair de préserver le bocage, à la fois par les services qu’il rend au milieu comme à l’agriculteur, que par son importance dans l’histoire de nos paysages et de notre patrimoine.

Vue d’un bassin versant sur la commune de Treffendel (35)
La présence de haies va influencer fortement la qualité des eaux en aval d’un bassin versant.
1.Les différents types de haies
Les haies mortes sont malheureusement de plus en plus répendues : elles consistent en de simples piquets, barrières ou clôtures avec ou sans strate herbacée (monostrate) à la base. Elles n’ont que peu d’intérêt, si ce n’est de délimiter les parcelles.
Les haies artificielles ont été entièrement créées par l’homme : ce sont bien souvent des haies de lauriers ou de sapins (acidification du sol) monostrates, dont on jugera le faible intérêt pour la diversité florale. Elles sont déjà plus intéressantes lorsque l’essence utilisée produit des fruits ou du bois ; mais même en ensemble bistrate (strate arbustive (appelée manteau) ou strate arborescente + herbacée), ces haies peuvent être améliorés.
Les haies semi-naturelles présentent les traces d’une première installation par l’homme, mais ont ensuite été laissées à la nature. Elles présentent un manteau et/ou un ourlet supplémentaire, et peuvent devenir tristrates ou multistrates.
Les haies dîtes naturelles sont soit des haies abandonnées depuis trop longtemps, soit des haies générées spontanément dans le milieu. Si elles peuvent présenter un optimum en terme de multistrates et de biodiversité, elles risquent rapidement de se fermer en évoluant vers un stade forestier (en Bretagne, par exemple, accumulation d’ajoncs arbustifs, de genêts et de prunelliers) ou s’embourber dans un état de friches étouffée par les ronces. Un entretient régulier, pour éviter la fermeture de la haie, permet de retrouver des avantages pour l’homme (espèces fruitières et à bois entretenues) comme pour la nature (nourriture et gîte pour la faune, diversité florale). Attention cependant à ne pas "trop entretenir", et perdre l’aspect multistrate pour une haie artificielle, jugée "plus propre" !

Schéma théorique d’une haie
Ici nous supposons la présence d’un talus.
2.Classification forestière des haies bocagères
Les haies peuvent apparaître comme :
Un buisson linéaire (d’Aubépine, Genêts, ...)
Un taillis linéaire (arbres de 3 à 4 mètres menés de cépées [1]sur souche par exemple)
Une futaie linéaire (à un étage si monostrate arborescente ou à deux étages si un manteau est également présent.)
Un taillis sous futaie linéaire (type de haie optimale).
Une futaie linéaire d’émondes (arbres étêtés donnant des arbres têtards ou arbres débranchés, donnant des ragoles).
3.Evaluer la qualité d’une haie

Une haie coupe-vent
La haie peut être définie par cinq avantages :
Un rôle hydrolique : en drainant l’eau et la filtrant, elle stoppe l’écoulement d’effluants organiques polluants et facilite leur dégradation par les micro-organismes.
Un role brise-vent : une haie à manteau et strate arbustive semi-perméables permet de stopper efficacement le vent et garantit une meilleure croissance des plantes. De plus, elle permet de créer des zones d’ombre pour les animaux d’élevage en prairie temporaire.
Un rôle pour la biodiversité : ces zones d’interconnection entre les différents milieux d’un paysage jouent un rôle important das le transit des animaux sauvages : les Chauves-souris, par exemple, longent les haies pour leur chasse, ne s’hasardant que rarement en milieu découvert. Enfin, de ombreuses plantes y trouvent refuge, augmentant la diversité de la flore locale.
Un rôle économique : les essences de bois y poussant peuvent présenter un intérêt ; ainsi que les arbres et arbustes fruitiers.
Un rôle patrimonial : les haies font partie de notre histoire. Il est important d’en assurer la perrénité.
La qualité d’une haie peut être évaluée par différents critères : phytosiciologiques, géologiques ou humains. Dans cette fiche, nous avons défini plusieurs grands axes :
Transect phytosociologique selon la méthode de Braün-Blanquet (1930).
Appréciation des services rendus au paysage.
Appréciation de l’impact de l’Homme.
Nous espérons, par ce présent article et cette fiche d’évaluation, vous avoir donné quelques éléments premiers pour l’évaluation de la qualité d’une haie !

Fiche d’évaluation des haies
Fiche réalisée par Guillaume Calu et Astrid Lerouxel.
Bibliographie conseillée
Voici une liste de documents à consulter sur les haies en écologie du paysage, le bocage, ainsi que des guides utiles pour une reconnaissance rapide [2] des Végétaux sur le terrain.
BRETAGNE ENVIRONNEMENT, Bocage - Introduction. http://www.bretagne-environnement.org [En ligne]. Consulté le 04/03/2005
FITTER R., FITTER A., BLAMEY M., Guide des fleurs sauvages. Lausanne : éditions Delachaux et Niestlé, 1993
FITTER R., FITTER A., FARRER A., Guide des graminées, carex, joncs et fougères. Lausanne : éditions Delachaux et Niestlé, 1991
SOLTNER D., L’arbre et la haie. Angers : éditions Sciences et Techniques Agricoles, 1988, 8ème édition.
SOLTNER D., Planter des haies. Angers : éditions Sciences et Techniques Agricoles, 1989, 5ème édition.